Le fabricant de capteurs électriques a vu sa capitalisation boursière s'effondrer ces dernières années. Son sort dépend de plus en plus de la clientèle asiatique, selon les analystes
C'est un véritable retour en force. Avant 2022, tout semblait bien parti pour LEM. Cette année-là, le directeur du fabricant genevois de capteurs électriques et des analystes affirmaient dans Le Temps que l’électrification du monde allait porter l’entreprise, leader mondial de son secteur. Depuis lors, cependant, le titre de LEM, coté à la bourse suisse, s’est effondré : de 2 455 francs en décembre 2021 à moins de 400 francs.
Cette semaine, le groupe a publié ses résultats pour l’exercice 2025-2026, qui affichent une tendance à la baisse : un bénéfice net de 9,9 millions de francs contre 65,3 millions deux ans plus tôt. Et moins d’employés : 1 808 équivalents temps plein il y a deux ans, 1 626 aujourd’hui. Que s’est-il passé ?
Les analystes interrogés par Le Temps sont assez unanimes : la concurrence chinoise s’est intensifiée, ce qui a entraîné une pression sur les prix et une baisse des marges.
Lorsque l’on est confronté à un franc fort, la situation est d’autant plus compliquée. LEM a son siège et dispose d’une usine à Meyrin.
« Le problème fondamental de LEM réside dans le fait que l’entreprise a été conçue pour un environnement de croissance bien plus dynamique que celui d’aujourd’hui », estime Torsten Sauter. Le responsable de la recherche en Suisse du cabinet Kepler Cheuvreux constate que, outre la concurrence chinoise, la demande s’est effondrée après le boom post-covid. «Les clients se sont retrouvés avec des stocks excédentaires et ont cessé de passer commande. Les secteurs des énergies renouvelables et de l’automatisation ont reculé, alors qu’ils constituaient des moteurs de croissance majeurs.»
Une reprise «artificielle»
La reprise qui a suivi les blocages sur les chaînes d’approvisionnement en 2022 a été «artificielle», ajoute Florian Sager. L’analyste de la Banque cantonale de Zurich ajoute que les ventes de véhicules électriques et de bornes de recharge, moins bonnes que prévu, ont également pesé.
« La Chine a été la seule région où son activité est restée stable, et LEM a même gagné des parts de marché sur le marché chinois des véhicules électriques », souligne Florian Sager. Le spécialiste souligne toutefois que les ventes dans ce pays s’accompagnent de niveaux de prix nettement inférieurs, ce qui entraîne une compression des marges, même si les volumes se maintiennent. LEM a dû déployer des «efforts considérables» – des cycles de développement plus rapides et une collaboration plus étroite avec les clients – pour remporter des contrats auprès des équipementiers chinois. «Le problème en Chine est que les concurrents chinois fabriquent des produits suffisamment bons pour rivaliser avec LEM, mais à des niveaux de prix bien inférieurs», résume l’analyste.
Stabilisation des ventes
Reto Huber, expert du cabinet Research Partners, souligne qu’après une forte baisse ces dernières années, les ventes se sont stabilisées l’année dernière et estime que pour se redresser, LEM doit être plus productive et miser sur une croissance du marché. Reto Huber souligne que LEM délocalise ses capacités de R&D d’Europe vers l’Asie, où se trouve la majorité de ses clients. «Cette décision permettra à ses ingénieurs et à leurs clients de communiquer dans le même fuseau horaire et la même langue, ce qui contribuera à maintenir la part de marché. Elle entraîne aussi des économies», estime-t-il.
L’entreprise, fondée dans une cuisine à Carouge (GE) par Jean-Pierre Etter en 1972, s’oriente de plus en plus vers la Chine. Selon la NZZ, elle pourrait d’ailleurs bien être rachetée par un groupe de ce pays, où elle est courtisée par de nombreux acquéreurs potentiels. Contacté à ce sujet, le groupe, qui emploie 112 personnes à Genève, n’a pas souhaité faire de commentaires.
Par le passé, LEM a dû faire face à une concurrence déloyale en Chine, mais aujourd’hui, elle est confrontée à une concurrence loyale. Les Chinois apprennent vite, travaillent dur et se contentent de peu. Mais la Chine reste la Chine : en tant que troisième partenaire commercial de la Suisse après l’UE et les États-Unis, elle ne peut être ignorée. Pour résister, il faut être comme le bambou, qui abonde sur ces terres : plier, sans rompre. Renégocier les contrats, licencier du personnel, réduire le capital, modifier la structure juridique ou fusionner : vendre n’est pas la seule option. L’environnement juridique chinois, récemment réformé, offre toutes ces solutions.